Une camionnette filmée à la polyvalente d’Amqui peu avant le drame
Une camionnette Ford F-150 de couleur foncée du même type que celle de l’accusé Steeve Gagnon s’est rendue à l’école secondaire d’Amqui un peu plus de dix minutes avant le drame survenu sur le boulevard Saint-Benoît le 13 mars 2023, comme le démontrent des images captées par deux caméras de surveillance. Ce véhicule a été filmé en train de prendre le chemin de l’établissement scolaire par ce qui est désigné comme l’entrée des autobus. Il a fait un tour du stationnement qui se trouve aux abords de l’école. Le secteur était alors désert puisque le 13 mars 2023 était une journée pédagogique. La camionnette a ensuite repris la route vers le boulevard Saint-Benoît, lieu de la tragédie. Au sixième jour du procès de Steeve Gagnon, l’auteur présumé de l’attaque qui a coûté la vie à trois personnes à Amqui, l’enquêteur Éric Gagnon est venu présenter 22 séquences vidéo provenant de caméras de surveillance afin de tenter de prouver quel trajet aurait parcouru l’accusé à bord de son Ford F-150 avant et après le drame. La présentation s’est amorcée avec des images captées à l’intersection de la rue Desbiens, où réside l’accusé, et du boulevard Saint-Benoît. On y aperçoit une camionnette qui correspond aux descriptions retenues par les policiers au moment où elle a quitté la rue Desbiens avant de tourner à droite sur le boulevard. Sur une caméra de surveillance le 13 mars 2023 à 2h52, soit un peu plus de 10 minutes avant le drame, on aperçoit un individu embarquer dans sa camionnette, stationnée sur la rue Desbiens. Photo : Capture d'écran d'une vidéo déposée par le DPCP Les séquences se sont succédé, présentant différentes perspectives de la même intersection et différents points de vue du boulevard Saint-Benoît. L'une d'entre elles montre une camionnette conduite par quelqu'un portant un haut rouge et une casquette noire tourner brusquement pour s'engager sur l'artère. La vidéo captée quelques secondes avant les premières collisions, aux abords de la microbrasserie La Captive, a aussi été rediffusée. Des proches des victimes, présents dans la salle d’audience, ont sursauté et ont détourné le regard en entendant le bruit du moteur de la camionnette et le cri qui s’est ensuivi. L’enquêteur a confirmé que ces images ont été captées vers 15 h 03 le 13 mars 2023. Une caméra a aussi capté, quelques minutes après le drame, une camionnette du même type au moment où elle s’engageait dans l’entrée de l’hôpital d’Amqui, avant de rebrousser chemin. Un véhicule semblable a ensuite été filmé alors qu’il se garait, peu après, au poste de la Sûreté du Québec. Quelques secondes plus tard, un individu vêtu d’une veste rouge est sorti de ce véhicule et s'est rendu à grandes enjambées vers l’entrée du bâtiment. Un total de 27 témoins ont été entendus après six jours de procès, au palais de justice de Rimouski. Photo : Autre banques d'images / Laurence Gallant En contre-interrogatoire, Me Caissy a demandé au témoin Éric Gagnon si la police avait fait des recherches sur la prévalence des Ford F-150 de couleur foncée à Amqui. Le témoin a répondu par la négative. L’avocat de la défense a alors suggéré qu’il y avait quatre F-150 du même type à Amqui, avec les mêmes caractéristiques, comme le pare-chocs et l’appui-pieds chromés. La sergente de relève Marie-Élise Giard a également raconté, vendredi, l’arrestation de Steeve Gagnon peu après qu’il se soit présenté au poste de la Sûreté du Québec, à peine dix minutes après le drame. Une fouille sommaire du Ford F-150 immatriculé au nom de l’homme qui se serait rendu à la police et garé dans le stationnement du poste, a permis de révéler qu’une boîte de munitions reposait entre les pédales et le siège du conducteur, indique Mme Giard. Un témoin, jeudi, a également présenté une photo qu'il aurait prise après avoir suivi une camionnette au capot abîmé jusqu'au poste de police. Photo : Guillaume Parent Dans le box des accusés, Steeve Gagnon, toujours attentif aux témoignages, hoche alors la tête de haut en bas à plusieurs reprises. Il n’a toutefois été question d’aucune arme à feu dans le véhicule. La policière a ensuite indiqué que l’homme avait été placé en état d’arrestation pour délit de fuite causant la mort. Elle a décrit comment elle avait lu ses droits à l’accusé, insistant à plusieurs reprises qu’il pouvait appeler un avocat, ce qu’il a refusé à ce moment-là. À l’instar de la policière Émilie Ouellet, qui a témoigné jeudi, Mme Giard affirme que Steeve Gagnon était calme, sans émotion, et qu’il collaborait complètement avec les agents. La sergente a précisé que l’homme marchait de façon fluide et droite. L’homme de 40 ans a plaidé non coupable de cinq chefs d’accusation: trois pour meurtre au premier degré et deux pour avoir tenté de causer la mort en utilisant un véhicule à moteur. (Photo d'archives) Photo : Autre banques d'images / Marie-Christine Rioux Des pièces à conviction ont également été présentées devant le jury, comme le coton ouaté rouge et la casquette noire que portait Steeve Gagnon lors de son arrestation. La journée de vendredi s’est amorcée avec les témoignages d’un couple qui a raconté avoir évité de peu la camionnette avant qu’elle n’aille happer Gérald Charest, un des trois hommes qui ont perdu la vie lors de ces événements. À tour de rôle, Jean-Eudes Fournier et Micheline Poirier, deux septuagénaires d’Amqui, ont affirmé avoir aperçu le conducteur de la camionnette sourire dans leur direction. Le couple revenait d’une promenade au parc Pierre-et-Maurice-Gagné quand il a croisé M. Charest. Il a discuté avec lui pendant une dizaine de minutes. Il disait : "Mon dieu que c’est beau, cette journée-là!" Et trente secondes après, il était mort. À ces mots, des proches de victimes étaient en larmes dans l’assistance. Le secteur du boulevard Saint-Benoît où Gérald Charest a été happé, le 13 mars 2023. Photo : Radio-Canada / Luc Tremblay-Rim Les deux témoins ont raconté qu'ils ont vu la camionnette rouler dans leur direction, les roues du côté du passager sur le trottoir, celles du côté du conducteur encore sur la chaussée. M. Charest se serait alors trouvé J’ai crié : "Gérald!" et il était trop tard. Il était rendu dessus. Gérald Charest, Jean Lafrenière et Simon-Guillaume Bourget ont perdu la vie à la suite du drame du 13 mars 2023. Photo : Radio-Canada / Luc Paradis Me Hugo Caissy, qui représente Steeve Gagnon, a mis en lumière quelques contradictions entre le présent témoignage du septuagénaire et celui qu’il a livré en janvier 2024. Il a mentionné devant jury que la fenêtre de la camionnette était ouverte du côté passager, alors qu’il avait affirmé le contraire devant le juge l’an dernier, lors d’étapes précédant le procès. Son épouse Micheline Poirier a également été soumise à certaines contradictions entre ses divers témoignages. Elle a raconté devant le jury qu'elle a aussi vu le sourire de l’accusé dans la camionnette. Elle aurait toutefois déclaré aux policiers, le soir du drame, qu’elle n’avait pas remarqué de détail outre le fait que le véhicule en cause était une camionnette de couleur foncée. En janvier 2024, Mme Poirier avait affirmé la même chose devant le juge. Jean-Eudes Fournier et Micheline Poirier sont les sixième et septième victimes de l’attaque d’Amqui à témoigner au procès de Steeve Gagnon.

Je ne peux pas vous dire si c’est vrai ou pas. Je n’ai pas vérifié
, a répondu M. Gagnon.Des munitions trouvées dans la camionnette

Il était solide
, résume-t-elle. Elle a également raconté que Steeve Gagnon, dès son entrée dans sa cellule, avait pris son oreiller et sa couverture et s’était directement couché sur le lit, en attendant d’être interrogé par les enquêteurs.
Il souriait au volant, selon une victime de l’attaque

J’ai entendu un vacarme terrible. […] Ça grondait, ça grondait pas à peu près
, a raconté M. Fournier.Je l’ai vu, lui, il a fait un sourire
, a indiqué Jean-Eudes Fournier en mimant devant le jury un sourire crispé et en montrant les dents.à une dizaine de pieds maximum
. Il était de dos, sur le trottoir, a décrit le témoin. J’ai pas eu le temps de dire quoi que ce soit.

Vous dites avoir vu le conducteur, je comprends que c’est une fraction de seconde
, a poursuivi la défense. Et vous avez fait un geste avec votre bouche, pouvez-vous le refaire?
Vous crispez les joues en montrant les dents
, a décrit Me Caissy devant le jury.Est-ce que j’ai raison de dire que vous ne l’avez pas vu, le conducteur?
a demandé Me Caissy à la témoin. OK, c’est correct
, a-t-elle répondu.OK, je l’ai pas vu
, a convenu Mme Poirier après quelques relances de la défense.
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